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Glitch – partie 5




***Si vous n’avez pas encore lu les parties 1, 2, 3 et 4, c’est iciiciici et ici!***

 

Rosalie est restée accroupie, dos contre la porte, durant de longues minutes. Elle ne saurait dire combien de temps, en fait. Elle se repasse tout ce qui lui est arrivé depuis le matin en boucle dans sa tête, espérant trouver un début de réponse à ses nombreuses questions, mais rien n’y fait. La situation dépasse largement l’entendement. Ce qu’elle donnerait pour se réveiller brusquement, dans son lit, là, tout de suite, et réaliser que cette journée n’était qu’un mauvais rêve!

Mais non. Le mieux qui pourrait lui arriver serait de revenir à elle et de se retrouver de nouveau assise sur le divan de son salon, mais ça ne changerait rien au fait qu’elle est en train de vivre quelque chose d’absolument déjanté.

Elle fixe d’un regard vide les quatre petites puces qu’elle conserve précieusement dans sa main droite. Elles ont clairement un lien avec ce qui se passe, mais lequel? Malheureusement, les pensées de Rosalie sont interrompues par des bruits de pas. Quelqu’un approche.

Rosalie se relève rapidement et jette un oeil discret par la fenêtre de la porte, prenant toutes les précautions nécessaires pour ne pas se faire repérer. En effet, deux femmes, chacune vêtue d’une longue blouse grise, porte-note à la main, viennent de franchir la grande porte vitrée au bout du corridor. Cette dernière est d’ailleurs en train de se refermer derrière elles.

Rosalie panique. Elle ne peut pas rester plantée là, qu’est-ce qui lui arriverait si les deux femmes la retrouvaient debout, comme ça, alors qu’elle est supposée être immobile, couchée sur la table métallique? Elle se précipite vers ladite table, monte dessus et tente de se replacer exactement comme elle l’était à son réveil, mais elle réalise qu’elle a toujours les 4 puces dans la main. Rapidement, elle tente de les replacer dans les fentes de son crâne. Elle réussit à en réinsérer 3, mais alors qu’il lui en reste une à remettre, les pas se font beaucoup trop proches. Elle décide donc de la dissimuler dans ses cheveux, tout simplement, en espérant que les deux femmes ne se rendent compte de rien.

À peine deux secondes après que Rosalie se soit immobilisée, les deux femmes entrent dans la pièce et se dirigent directement vers elle. Rosalie sent des doigts se placer sur son poignet gauche.

– Le pouls est rapide, c’est étrange, dit l’une des deux femmes.

– Ça pourrait être causé par ce qu’elle est en train de vivre dans la simulation, tu crois? demande l’autre.

– Je n’en sais rien. Peut-être, mais ça me semble trop accentué pour que ce ne soit que ça. Vérifie ses connexions pendant que je note quelques trucs, tu veux?

– Sans problème.

Rosalie sent des mains jouer dans ses cheveux et lui tâter le crâne, doucement. Elle commence à paniquer un peu et espère de toutes ses forces qu’elle réussit à rester impassible afin que les deux femmes ne se rendent pas compte qu’elle est réveillée.




– Tiens, il y a une connexion qui a lâchée, dit la femme qui lui examine le cuir chevelu. La puce était tombée.

Merde, merde, merde!

– Ha bon? Et les autres, tu as bien vérifié? lui demande sa collègue.

– Oui, certaines sont un peu lousses, mais toujours en place. Il faudrait les changer pour s’assurer qu’elles ne finissent pas par tomber elles aussi.

– En effet. Voilà qui explique le pouls plus rapide, alors. Avec ces connexions en moins, elle doit être en phase de réveil. Allons chercher le matériel et arrangeons tout ça. Si elle revient à elle, on pourrait avoir des problèmes. Ce serait dommage de devoir en éliminer une autre.

Sur ces mots, les deux femmes se mettent en marche, puis quittent la pièce.

 

Rosalie attend quelques secondes, ouvre les yeux et se relève tranquillement. Les puces qui ont été insérées dans son crâne sont donc des connexions. Une des femmes a parlé de simulation… Les connexions sont donc ce qui lui permet de vivre sa vie, celle qu’elle connaît, celle dans laquelle elle est présentement assise dans son salon. C’est quoi cette histoire? La femme a clairement utilisé le terme « simulation », ça ne doit pas être pour rien. Sa vraie vie, ce serait celle-ci, alors? Et celle qu’elle vit depuis toujours ne serait pas réelle?

Son coeur bat à tout rompre. S’il fallait que la femme reprenne son pouls en revenant, elle n’aurait aucun doute sur le fait que quelque chose cloche, cette fois. «Si elle revient à elle, on pourrait avoir des problèmes.» C’est ce qu’une des femmes a dit avant de quitter. «Ce serait dommage de devoir en éliminer une autre.» Éliminer? C’est définitivement un terme que Rosalie n’aime pas. Elle réalise que sa vie est possiblement en danger et elle n’a aucune idée de ce qu’elle doit faire. Pourtant, elle doit penser vite, les deux femmes vont revenir pour changer ses connexions. Après ça, il se passera quoi? Elle retournera vivre au coeur d’une simulation qu’elle saura désormais irréelle, elle devra continuer de vivre sa vie alors qu’elle sait qu’en fait, sa vie est ailleurs, ici, dans cette pièce grise fermée à clé, sans savoir ce qu’est le but de tout ça? Et sans possibilité de revenir? Parce que si ses connexions sont réparées et que les puces ne risquent plus de se détacher, elle ne reviendra pas. C’est cette défectuosité qui l’a mise dans cette situation, ça semble très clair maintenant.

Rosalie ne sait pas ce qu’elle devrait faire. Rester couché et laisser les femmes la replonger dans sa simulation pour toujours ou, du moins, jusqu’à ce que ses connexions refassent défaut, ce qui n’est pas garanti? Au moins, elle sent qu’elle serait plus en sécurité de cette manière; elle a bien vécu comme ça jusqu’à présent et n’a jamais eu de problème. Ou au contraire, devrait-elle attendre les femmes, les confronter et tenter de s’enfuir? Pour aller où? Pour faire quoi? Ses chances de survie, elle en est certaine, seraient très minces et elle n’a aucune idée du monde dans lequel elle se plongerait en faisant ça. Malgré tout, l’idée de retourner vivre dans une simulation au lieu de vivre sa vraie vie ne lui plaît pas.

Non. La simulation, c’est terminé. Rosalie va se battre pour retrouver sa vraie vie, qu’on lui a enlevé il y a visiblement très longtemps déjà, même si elle n’a aucune idée de ce qu’est cette vraie vie.




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