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On peut plus rien dire: un essai nécessaire, mais complexe

Livre essai On peut plus rien dire de Judith Lussier




  • Auteure: Judith Lussier
  • Éditeur: Éditions Cardinal
  • Genre: Québécois, essai
  • Qualité de l’écriture: 5/5
  • Originalité: 4/5
  • Appréciation générale: 4/5

 

Je l’admets, je fais partie des gens qui s’exclament parfois qu’«on peut plus rien dire!», en sachant au fond moi que c’est ni vraiment correct de le dire ni vraiment vrai comme affirmation, mais t’sais, on dit tous des niaiseries de temps en temps, n’est-ce pas? C’est l’une des raisons pour lesquelles j’étais vraiment heureuse quand j’ai vu le livre On peut plus rien dire: le militantisme à l’ère des réseaux sociaux de Judith Lussier aux éditions Cardinal. Je pensais que ce livre allait abonder un peu dans mon sens et me faire sentir moins mal d’affirmer une telle chose. Haha, quelle naïveté! En fait, c’est bien tout le contraire! Cet essai m’a fait l’effet d’un coup de poing, un peu, et m’a fait réfléchir abondamment.

Maintenant, je dois avouer que cet article est probablement le plus difficile que j’ai eu à écrire jusqu’ici parce que j’avoue ne pas exactement savoir quoi dire de cet essai et, surtout, j’ai extrêmement peur de dire quelque chose qu’il ne faut pas et ainsi aller totalement à l’encontre de ce qui est expliqué dans le livre.

***D’ailleurs, je tiens à rappeler que ne suis pas là pour partir un quelconque débat sur un quelconque sujet. Je tente simplement d’expliquer en quoi consiste l’essai de Judith Lussier et de te dire ce que j’en ai pensé au meilleur de mes capacités, parce que c’est vraiment pas évident!***

 

La justice sociale et ses guerriers

On peut plus rien dire existe pour remettre les pendules à l’heure. Oui, on peut réellement penser qu’on ne peut plus rien dire, de nos jours, parce qu’on commence à réaliser que la justice sociale est partout et qu’il est désormais ultra facile avec les réseaux sociaux de répondre aux gens qui affirment une chose avec laquelle on n’est pas d’accord. Qu’on parle de la charte des valeurs, du féminisme, de la communauté LGBTQ, des autochtones, des personnes racisées ou des handicapés (pour ne nommer qu’eux), la justice sociale est là et il existe des social justice warrior pour défendre leur cause jusqu’au bout. Les social justice warrior, c’est ceux qu’on trouve tous ben fatigants de se plaindre de tout, tout le temps, «pour rien». Parce qu’en fait, s’il y a une chose que cet essai m’a apprise, c’est qu’en apparence, quand on ne connaît pas à fond un débat ou un enjeu quelconque, c’est certain que ce sont les social justice warrior qui seront pointés du doigt, sauf que quand on prend le temps de s’informer, ce n’est plus nécessairement le cas. Évidemment, de l’extrémisme, il y en a partout, mais comme toujours, faut pas généraliser.




Par exemple, lorsque les pièces de théâtre SLĀV et Kanata de Robert Lepage ont été annulées, j’étais la première à être insultée, à m’opposer à une telle censure et à prôner la liberté d’expression dans l’art et tout ce qui vient avec (mais en privé, là, je suis pas le genre de personne qui aime prendre part à des débats publics sur les réseaux sociaux). Par contre, comme je n’étais pas plus informée que ça sur le sujet, je l’admets, c’est en lisant l’essai de Judith Lussier que j’ai appris qu’en fait, les personnes qui s’opposaient à ces spectacles n’ont en fait jamais demandé à ce qu’ils soient annulés (et rappelons que tout ce débat autour de SLĀV, d’abord, n’est parti que d’un billet de blogue qu’une femme a écrit simplement pour soulever quelques questionnements à propos de l’oeuvre); ils voulaient ouvrir la porte à une discussion nécessaire qui n’aura finalement pas eu lieu puisque les dirigeants des spectacles les ont annulés. Mais ça, comme je n’étais vaguement informée que par le biais des réseaux sociaux et peut-être d’un 5 minutes de nouvelles à la télé, je n’en avais aucune idée et vu sous cet angle, il est drôlement plus difficile d’en vouloir aux social justice warrior de cette cause, tu trouves pas?

Bref, On peut plus rien dire m’a aidé à m’ouvrir un peu les yeux sur la réalité qu’on vit aujourd’hui et sur la nécessité d’être des social justice warrior. Au début de son essai, l’auteure a écrit un lexique de 56 pages (c’est pas une blague, je viens de les compter) pour nous expliquer en détail ce que signifient plusieurs termes importants dans les débats d’aujourd’hui. Elle y définit des termes comme «Appropriation culturelle», «Culture du viol» et «Discrimination systémique», qu’on croit tous bien connaître, mais tu serais surpris de ce que j’ai appris. Elle y définit aussi des mots comme «Gardien.ne du senti», «Intersectionnalité», «Mansplaining», «Pinkwashing» ou encore «Slacktivism», que je n’avais jamais entendus jusqu’ici. C’est là que tu réalises qu’il y a pas mal de choses qui se passent et qui existent sans que tu sois au courant et c’est quand même un peu effrayant. D’ailleurs, l’ignorance est certainement l’un des plus gros problèmes de notre temps.

 

Une référence à garder à portée de main

Je crois qu’en 2019, afin d’être bien conscient de la réalité qui nous entoure et des enjeux qui touchent les gens autour de nous, un essai tel que celui-ci est nécessaire et devrait être lu pas tout le monde. Toutefois, je te déconseille de faire comme moi – l’écriture de cet article avant l’année prochaine oblige! – et de le lire d’une traite comme tu le ferais avec un roman. On peut plus rien dire est loin d’être une lecture légère et le lire à 5h30 du matin dans le métro, c’est plutôt bof. Même si Judith Lussier arrive à relativement bien vulgariser les concepts qu’elle aborde, il n’en reste pas moins qu’ils sont complexes. J’ai personnellement eu du mal à en comprendre certains et l’accumulation d’informations toutes plus importantes les unes que les autres a fait en sorte que mon cerveau a un peu saturé à quelques moments.

Malgré tout, On peut plus rien dire est un essai qui montre bien la rigueur de son auteure, son professionnalisme et son désir d’informer le plus justement possible ses lecteurs. Disons que ça faisait très longtemps que j’avais lu une oeuvre comprenant 289 références! C’est toutefois une preuve que l’auteure se base sur des faits réels pour écrire son essai et qu’elle ne fait pas que donner sa propre opinion dans le but de nous convaincre de quoi que ce soit, chose que je n’aurais certainement pas appréciée; qu’on m’informe, j’adore, mais qu’on me dise quoi penser, ça, c’est un gros non. Malgré le fait qu’elle soit elle-même une social justice warrior, je suis heureuse que Judith Lussier ne soit pas tombée dans ce piège, ce qui aurait pu être somme toute assez facile.

 

Bref, On peut plus rien dire de Judith Lussier est absolument un livre à te procurer et à lire avec attention, petit à petit. Je crois qu’il est essentiel de comprendre les débats qui font ragent dans la société moderne pour ensuite se forger une opinion éclairée sur le sujet et c’est exactement ce que permet cet essai. Garde-le pas loin dans ta bibliothèque et tu pourras t’y référer la prochaine fois qu’un débat concernant la justice sociale éclatera!




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