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Windows on the World: proposition troublante d’une possible réalité

Le roman Windows on the World de Frédéric Beigbeder est d'un réalisme troublant




  • Auteur: Frédéric Beigbeder
  • Genre: Drame
  • Qualité de l’écriture: 4/5
  • Originalité: 5/5
  • Appréciation générale: 4/5

 

En tant que fervente amatrice de Goodreads, un site Web de critiques et de notation de livres, je me crée chaque 1er janvier un reading challenge sur leur plateforme, indiquant ma résolution de lire 50 romans au cours de l’année. Ça fait deux ans de suite que je réussis à atteindre mon objectif – et je n’en suis pas peu fière! -, mais généralement, et surtout cette année, j’ai dû donner un petit blitz lors de la dernière semaine de décembre pour y arriver. Quand ça arrive, j’avoue que je m’oblige un peu à choisir des lectures moins volumineuses afin d’être capable de les lire rapidement, et donc, d’en lire un plus grand nombre. C’est une stratégie discutable, certes, mais qui fonctionne. J’ai aussi réalisé qu’en faisant ça, ça me permet de lire des romans que je ne lirais peut-être pas en d’autres occasions.

19 décembre. Il me manque 4 romans pour atteindre mon objectif de l’année. Ça peut sembler beaucoup, mais mon orgueil et ma stratégie douteuse forment une solution infaillible à ce problème. Je me tiens devant mes bibliothèques et j’essaie de repérer les livres les plus minces qui s’y trouvent. Mon regard fini par se poser sur Windows on the World de Frédéric Beigbeder. Je le prends. 369 pages. Pas si mal. C’est une édition Folio, en plus, donc 369 pages relativement petites. Je lis rapidement la quatrième de couverture. Je suis un peu perplexe, je ne sais pas si j’ai envie de lire un truc du genre en ce moment; une raison que je me donne depuis environ 4 ans pour ne pas le lire. Je décrète donc qu’après toutes ces années passées à prendre la poussière dans ma bibliothèque, Windows on the World mérite d’être l’une des 4 courtes oeuvres littéraires qui me permettra de réussir mon reading challenge de 2018!

C’est donc dans cet état d’esprit que j’ai entamé la lecture de ce roman (trop) réaliste, troublant, saisissant et bouleversant de Frédéric Beigbeder. Je ne savais pas dans quoi je m’embarquais; j’étais pas prête. Moi qui souhaitais juste lire rapidement un roman de plus, Windows on the World est certainement l’un des plus saisissants que j’ai lus dans la dernière année.

 

Le 11 septembre 2001 vécu de l’intérieur

On se rappelle tous où nous étions et ce que nous faisions le matin du 11 septembre 2001, lorsque deux avions ont percuté les tours du World Trade Center. Personnellement, j’avais 11 ans et je me trouvais dans mon cours de géographie lorsqu’un professeur est venu interrompre le cours pour annoncer en douce, dans le couloir, à mon prof de géo ce qui était en train de se passer à des kilomètres de chez nous. Je n’avais aucune idée de ce qu’ils se racontaient, mais la situation en elle-même, les visages des deux profs et leur conversation animée laissaient facilement comprendre que quelque chose de gros était en cause. Évidemment, à 11 ans, même lorsque j’ai appris l’attaque terroriste, l’effondrement des tours, les milliers de morts et tout le reste, je n’avais aucune réelle idée de l’ampleur de la chose. Bien que j’ai eu l’occasion de m’informer davantage de la situation depuis, de lire des articles et d’écouter des documentaires sur l’événement, Frédéric Beigbeder a su me troubler une nouvelle fois avec son roman.




Le titre, Windows on the World, était aussi le nom du restaurant luxueux qui se trouvait au sommet de la tour nord du WTC, soit aux 106e et 107e étages. «Le seul moyen de savoir ce qui s’est passé dans le restaurant situé au 107e étage de la tour nord du World Trade Center, le 11 septembre 2001, entre 8h30 et 10h29, c’est de l’inventer.» Voici une partie de ce qu’on retrouve sur la quatrième de couverture du roman, qui résume parfaitement l’essence de ce dernier. Avec Windows on the World, oeuvre hyperréaliste, Beigbeder tente de raconter les derniers instants vécus par des personnages qui ont perdu la vie lors de l’attentat, alors qu’ils se trouvaient malencontreusement dans ce restaurant. Je dis «tente de raconter» parce qu’évidemment, l’auteur ne peut rien faire d’autres qu’imaginer la situation; personne qui se trouvait au Windows on the World lors de l’attaque n’a survécu, alors personne ne peut raconter ce qui s’est passé.

Le roman est écrit en deux temps. D’abord, on suit Carthew Yorston, un personnage qui n’est pas sans rappeler ceux qu’on a l’habitude de retrouver dans les romans de Beigbeder – un peu raté, orienté vers les femmes, le sexe et l’argent -, et ses deux fils, David et Jerry, qu’il a amenés déjeuner au Windows on the World pour leur faire plaisir. Toutefois, alors que ses enfants observent la vue qu’offre le restaurant en se chamaillant pour prendre des photos avec l’unique appareil en leur possession, ils sont témoins de l’approche du premier avion qui percutera la tour, quelques étages en dessous d’eux. S’ensuit alors l’état d’urgence lors duquel Carthew tente de rassurer ses fils et de trouver un moyen de se sortir de là. On est avec eux, à l’intérieur du WTC, captifs, et on suit l’évolution des choses de l’intérieur, minute par minute, jusqu’au dénouement inévitable auquel on préfère ne pas penser.

Ensuite, en alternance avec les chapitres mettant en scène Carthew, on retrouve l’auteur lui-même qui s’emporte dans ses pensées, ses impressions, ses souvenirs, alors qu’il nous parle «en direct» de son écriture du roman, réalisée entre la Tour Montparnasse et la ville de New York. Il se perd parfois dans des histoires un peu éparpillées, mais comme il l’indique lui-même à deux ou trois reprises, peut-être s’égare-t-il ainsi pour éviter de devoir raconter l’horrible histoire dans laquelle il s’est lancé.

Windows on the World est un roman criant de vérité; même si on n’a aucune idée de ce qui s’est réellement passé durant les quelque deux heures séparant l’impact du premier avion et l’effondrement de la tour nord, on ne peut s’empêcher de croire entièrement ce que l’auteur nous raconte, le déroulement, atroce, étant des plus plausibles. Malheureusement (ou heureusement?), l’alternance des chapitres entre l’histoire de Carthew et celle de l’auteur nous fait un peu perdre le fil de l’action principale, nous faisant chaque fois décrocher de l’horreur que sont en train de vivre les personnages pour retourner aux divagations de l’auteur. Je me souviens que toutes les fois où un chapitre de Carthew se terminait, j’étais déçue, ennuyée, voire fâchée de mettre en pause son histoire et j’avais presque envie de sauter le chapitre suivant pour aller directement à celui qui me ramènerait dans le WTC, mais en même temps, en y repensant bien, le livre aurait peut-être été un peu trop horrible si j’avais tout lu d’un coup. Et puis l’auteur, à travers ses diverses histoires étranges, nous donne des informations et des faits tout de même très intéressants au sujet du 9/11.

 

Un roman horriblement captivant

J’aime beaucoup Frédéric Beigbeder. Je possède plusieurs de ses romans que je n’ai malheureusement pas encore lus, mais j’ai beaucoup aimé 99 francs et L’Amour dure trois ans. Toutefois, alors que l’auteur a un style assez unique, à la fois cru et cinglant, qu’on retrouve aussi un peu dans Windows on the World, ce dernier est selon moi bien différent des autres. Certes, l’histoire racontée, bien que mettant en scène des personnages typiques de l’auteur, se déroule sur une trame de fond bien différente. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié retrouver l’écriture rythmée de Beigbeder, son utilisation bien dosée du franglais et sa manière de philosopher sur tout et rien dans un contexte autre qui s’y prête tout autant.

Les divagations de Beigbeder, bien qu’un peu lourdes à certains moments, ajoutent selon moi à la finale incroyablement percutante du roman. Tout au long de notre lecture, on sait que les personnages vont mourir, mais on ne sait pas comment ni dans quelle exacte circonstance. Tout au long de notre lecture, on suit les déblatérations de l’auteur qui, lui, sait où son histoire nous mènera et tourne autour du pot pour nous dévoiler le dénouement aussi tard que possible. Tout cela fait en sorte que lorsqu’on arrive au moment crucial, la mort de Carthew et ses fils, c’est comme si on ne s’y attendait plus, ce qui rend le choc d’autant plus saisissant. Vraiment, j’ai eu des frissons.

 

Windows on the World de Frédéric Beigbeder est une lecture relativement rapide, mais tout de même un peu difficile. Malgré tout, c’est un roman incroyablement frappant, l’un de ceux qui m’ont le plus marquée depuis un moment. Inutile de dire que je vous le conseille fortement!




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