1 Dans Fiction

Glitch – partie 2




***Si vous n’avez pas encore lu la partie 1, c’est par ici!***

 

Durant les 20 minutes restantes à son trajet d’autobus, Rosalie est restée troublée par sa vision étrange. Elle n’a pas arrêté de fixer l’extérieur intensément par la vitre de l’autobus, ne clignant pratiquement pas des yeux. Elle voulait voir si cette hallucination allait la frapper de nouveau, mais non. Rien du tout. Elle n’a vu que les mêmes édifices, les mêmes rues, les mêmes voitures et le même chat errant, qu’elle voit tous les matins, faire sa toilette. Elle est débarquée à l’arrêt au coin de son bureau sans vivre un autre moment troublant d’origine quelconque.

 

Elle entre au café du coin question de se ramasser un bon breuvage chaud rempli de caféine. Il y a quelques personnes en file devant elle, mais l’attente ne devrait tout de même pas être très longue. Elle ne vient pas souvent se chercher un café ici, mais les fois où elle est venue, elle a toujours été servie rapidement.

En attendant son tour, Rosalie prend le temps d’observer les gens autour d’elle. Elle regarde la vieille dame qui sirote son café à la table près de la fenêtre, puis ce papa et sa fillette qui rigolent en buvant chacun un lait au chocolat. Rosalie adore les gens et quand elle n’a pas l’occasion d’observer le ciel et le paysage, elle se tourne vers les êtres humains. Toutefois, l’observation fut de courte durée et Rosalie s’est vue tirée de sa contemplation après à peine deux minutes.

– Bonjour, mademoiselle, qu’est-ce que je peux vous servir?

– Oh, heu, un grand café, s’il vous plaît. Noir.

– Excellent, je vous sers ça tout de suite!

 

Café en main, Rosalie quitte le commerce en jetant un dernier regard à la vieille dame assise sur le bord de la fenêtre. Le papa et sa fillette, eux, se sont visiblement éclipsés le temps que Rosalie passe sa commande et la reçoive.

Elle n’a que quelques pas à faire pour se rendre à son travail. Elle ouvre la porte de l’édifice et se dirige directement vers les ascenseurs. Elle appuie sur le bouton et attend patiemment que les portes s’ouvrent devant elle. Pendant ce temps, sa collègue entre à son tour dans l’édifice.

– Bon matin, Lili!

Rosalie se retourne, toute souriante.

– Bon matin, Gab! Tu as passé une belle soirée hier?

– Arf, ne m’en parle pas. J’ai eu un accrochage en revenant chez moi, rien de grave, mais ça fait chier quand même. Ensuite, comme je suis revenue plus tard à cause de ça, je me suis mis une pizza dans le four, mais j’ai oublié de mettre le chronomètre et je me suis installée devant la télé. Je me suis rappelée de ma pizza quand le détecteur de fumée s’est mis à crier, après genre 45 minutes. Pas besoin de te dire que ma pizza était beaucoup trop cramée, j’ai dû la jeter. J’ai décidé de me faire du spaghetti, mais je me suis rendu compte après avoir fait cuire mes pâtes que je n’avais plus de sauce, alors j’ai mangé du spaghetti au beurre. J’ai décidé de me coucher tôt parce que j’avais hâte que la journée finisse, mais j’ai mis 3 heures à m’endormir. C’est pas mal ça. Et toi, ta soirée?

– Oh, vraiment tranquille, rien de comparable à la tienne!

Rosalie et Gabrielle travaillent ensemble depuis que Rosalie est arrivée dans la compagnie il y a 4 ans, alors que Gabrielle y travaillait déjà depuis 3 ans. Ça a immédiatement cliqué entre les deux; Gabrielle est la fille à qui tout arrive tout le temps, agrémentant ainsi la vie de Rosalie avec des histoires qu’elle n’imaginerait jamais lui arriver à elle. Parfois, Rosalie se disait qu’elle vivait un peu à travers sa collègue, parce que vraiment, il ne lui arrivait jamais rien. Elle ne sort pas beaucoup, se contentant de travailler et de rester confortablement blottie chez elle le reste du temps. Elle lui racontait parfois ses excursions au parc et les histoires qu’elle s’était créées dans les nuages durant le week-end, mais disons que c’était moins intéressant que des aventures qui auraient pu réellement lui arriver et ça intéressait très peu Gabrielle.

– J’ai soupé un repas congelé devant la télé et je me suis couchée tôt aussi. Je n’ai rien de spécial à te raconter, vraiment.

Sur ces mots, l’ascenseur ouvre ses portes et les deux jeunes femmes y sont montées. L’ascension jusqu’au quatrième étage s’est faite rapidement alors que Rosalie sirotait son café.




– C’est rare que tu bois un café le matin! remarque Gabrielle.

– Oui, je sais, j’en avais vraiment besoin ce matin, j’ai eu un réveil difficile.

Une fois rendues à leur étage, elles se sont dirigées à leur bureau, qui se trouve à l’entrée. Rosalie et Gabrielle sont réceptionnistes dans un cabinet de dentiste et elles adorent leur travail. Rosalie est faite pour ce genre de boulot; elle aime les gens, elle est toujours souriante et ses tâches sont plutôt diversifiées, ce qui la tient toujours occupée et l’empêche de tomber dans la lune. Elle n’aurait jamais pu accomplir un travail routinier qui demande sans cesse d’accomplir sans cesse les mêmes gestes.

Comme chaque matin, à 7h55, les deux collègues sont prêtes à travailler.

– Bon matin, Dr Gosselin, Dre Rivest!

– Bon matin, Rosalie, bon matin, Gabrielle! répondent en chœur les deux dentistes qui viennent d’entrer.

Jean Gosselin et Mélanie Rivest sont mariés depuis de nombreuses années et ont ouvert leur propre cabinet il y a 7 ans. Gabrielle a été la première réceptionniste à travailler pour eux et a accompli la tâche colossale de réceptionniste toute seule jusqu’à l’arrivée de Rosalie.

 

La journée se déroulait très bien jusqu’à présent, comme toujours. Rosalie a accueilli plusieurs clients, tous de bonne humeur, a répondu à des dizaines d’appels et a même réussi à avancer quelques tâches qu’elle avait dû retarder depuis quelques jours. Gabrielle n’a pas chômé non plus. Cet avant-midi chargé a tenu son esprit assez occupé pour qu’elle ne repense pas à sa mésaventure de ce matin dans l’autobus.

À cette heure, il ne lui reste que quelques photocopies à faire avant de pouvoir aller dîner. Elle se lève donc pour se rendre à la photocopieuse qui se trouve quelques pieds derrière elle et s’attèle à la tâche. Alors qu’elle en est à sa troisième photocopie, elle entend le téléphone sonner. Par réflexe elle se retourne, mais voit Gabrielle décrocher le combiné. Alors qu’elle vient pour revenir à ses photocopies, une espèce de flash se produit. Un flash un peu comme ce matin, une espèce de décalage, comme si Gabrielle se trouvait sur un écran de télévision qui aurait du mal à capter le poste, mais quelque chose de plus s’est cette fois glissé dans son hallucination. Pendant une fraction de seconde, la scène décalée devant elle est totalement disparue pour laisser place à une lumière très vive, puis à du gris. Juste du gris. S’il y avait du relief ou autre chose qui accompagnait cette couleur terne, Rosalie n’a pas eu le temps de l’apercevoir avant que la scène décalée réapparaisse et s’estompe à son tour, laissant Rosalie pantoise. Elle continue de fixer le vide, comme en transe, en direction de sa collègue qui se retourne vers elle.

– Seigneur, ça va, toi? Tu as l’air bizarre, tu es toute blême! On dirait que tu as vu un fantôme! As-tu fini tes photocopies? J’ai faim!

Rosalie met un moment avant d’assimiler les paroles de Gabrielle.

– Je, heu…oui, heu, non, je n’ai pas fini, mais vas-y, ne m’attends pas, j’arrive.

– Ok… tu es sure que ça va, Lili?

– Oui, oui, ça va, je te rejoins dans deux minutes.

Sur ces mots, Rosalie retourne à la photocopieuse, mais elle a complètement perdu le fil et se contente de fixer ses feuilles. Tout allait bien depuis ce matin, elle avait cru que ce n’était que l’effet de la fatigue qui lui avait fait avoir une hallucination visuelle, mais cette fois, elle est convaincue que c’est plus que ça. Elle ne se sent plus du tout fatiguée depuis qu’elle a bu son café. Ce qu’elle vient de voir, c’était réel, elle le sait. Ce n’est pas logique, elle ne sait pas ce qu’elle a vu, mais elle sait que ce n’est pas le fruit de son imagination.

Ce matin, sa vision n’était que distorsion. Maintenant s’y sont ajoutés une lumière vive et un environnement tout gris dans un flash très rapide qu’elle a à peine eu le temps d’apercevoir. Mais qu’est-ce que ça peut bien être?




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