2 Dans Fiction

Glitch – partie 1




WAN WAN WAN WAN WAN.

Rosalie se réveille en sursaut. Assise bien droite dans son lit, elle met quelques secondes à se replacer les esprits et comprendre ce qui se passe. Une alarme de voiture s’est visiblement déclenchée, mais elle s’est arrêtée aussi rapidement qu’elle avait commencé. Rosalie regarde l’heure. 4h30. Elle décide de se lever tout de suite; pour 30 minutes, ça ne vaut pas la peine qu’elle se rendorme pour se faire réveiller de nouveau par son réveil matin. Tu parles d’un réveil brutal, pense-t-elle, en se glissant à reculons hors du lit.

Elle décide de prendre une douche, question de s’aérer un peu les esprits et de se remettre de ses émotions. L’eau chaude qui coule sur sa peau lui fait un bien fou et la calme. Après en avoir profité suffisamment, elle sort enfin, se dépêchant de se sécher pour ne pas perdre la chaleur que son corps a emmagasinée.

Rapidement, elle retourne à sa chambre pour s’habiller. Elle prend un jean bleu foncé dans le tiroir de sa commode et une chemise blanche dans son garde-robe. Une fois ces vêtements enfilés, elle retourne à la salle de bain pour se coiffer. Ses longs cheveux noirs, habituellement rebelles, ont plutôt bien gardé leurs ondulations de la veille, alors quelques retouches seulement sont nécessaires avant que Rosalie soit fin prête. Elle agrippe son cellulaire sur sa table de chevet, puis son sac à main sur le pas de la porte d’entrée et elle sort.

 

À peine plus d’une minute et elle est rendu au coin de la rue, où elle n’a plus qu’à attendre l’arrivée du bus. Elle a environ 45 minutes de transport à faire pour arriver au travail, qui se trouve un peu en dehors des limites de la ville, mais ce n’est pas ça qui pourrait la décourager. Elle voit ce temps de voyagement comme un moment à elle, comme un moment paisible où elle peut relaxer et laisser aller son imagination là où bon lui semble. Elle a toujours eu une imagination débordante et une facilité déstabilisante à imaginer les scénarios les plus incroyables.




À cinq ans, elle passait déjà des journées entières à se plonger dans l’univers du rêve éveillé que lui procurait la détente d’un ciel calme et lumineux. Elle pouvait rester étendue dans l’herbe à regarder le ciel, les nuages et les oiseaux pendant des heures, sans broncher. Le jour, elle regardait les nuages flotter tranquillement en examinant minutieusement leur forme. Elle y voyait un zoo, une ville, un pays. Elle entrait dans un univers nuageux qui la faisait voler tel un oiseau, l’éloignant du tourbillon infernal de la métropole où elle vivait. Mais de temps à autre, quand quelque chose réussissait à la sortir de sa torpeur, elle n’avait d’autre choix que de faire face à la réalité pendant un moment. Le jour, c’était plus fréquent. Il y avait plus de bruit, plus d’action, plus d’événements intéressants qui pouvaient attirer son attention durant quelques instants. Puis elle revenait à ses rêveries, observant les oiseaux qu’elle voyait voler au-dessus d’elle, comme soutenus dans les airs par une force invisible. Le soir, quand le soleil se couchait pour laisser place à l’obscurité enveloppante de la nuit, ses sens s’émoustillaient d’autant plus. La lune illuminait son visage déjà rayonnant de bonheur et de bien-être.  Elle regardait les étoiles qui scintillaient dans le ciel à un rythme régulier, composant une mélodie unique. Leur scintillement, à ses yeux, était comme le battement des cœurs de l’univers. Aucune entité au monde n’a plus de cœur et d’amour à porter que l’univers; telle était la façon de penser de Rosalie. Tous ces cœurs battant à l’unisson dans le corps céleste de cette étendue noire ne pouvaient être autre chose que des porteurs d’amour et de béatitude.

Maintenant âgée de 26 ans, Rosalie n’a pas vraiment changé. Il lui arrive encore d’aller passer un après-midi au parc lors de ses journées de congé, de s’étendre sur l’herbe et de contempler le ciel. Mais pour elle, voyager en bus est aussi l’occasion de passer du temps à rêver, alors qu’elle regarde tout ce qui se passe à travers la fenêtre. Ces moments l’apaisent et lui donnent l’énergie dont elle a besoin pour passer à travers ses journées.

Mais ce matin, Rosalie a un peu de mal à rêver éveillée; ses yeux tendent à se fermer. Elle aurait bien pris ces 30 minutes de sommeil de plus, finalement. Alors qu’elle est là à essayer de combattre le soleil, le bus passe devant un grand parc. Elle aime regarder les arbres et leurs feuilles frémir avec le vent, apercevoir des écureuils se pourchasser et même, parfois, avec un peu de chance, entendre les oiseaux chanter lorsque la fenêtre à côté d’elle est ouverte. Alors qu’elle observe tout ça, comme tous les matins, cependant, une espèce de distorsion la fait sursauter et sortir de ses rêveries.

Elle ne comprend pas ce qui se passe. Elle regardait tranquillement par la fenêtre lorsqu’il lui a semblé, pendant une fraction de seconde, que le parc était comme décalé. Comme lorsqu’on regarde son reflet dans le miroir et que celui-ci a de petits défauts qui altèrent l’image qu’il nous renvoie. Ou comme lorsqu’on regarde à travers une fenêtre en voiture et que, selon l’angle et l’éclairage, le paysage devient un peu flou et semble déformé. Oui, c’est probablement ce qui vient d’arriver à Rosalie, une hallucination visuelle. Elle est simplement plus fatiguée qu’à la normale. Elle décide d’arrêter au petit café du coin lorsqu’elle débarquera de l’autobus, la caféine lui fera probablement du bien.

N’empêche qu’une drôle d’impression s’empare d’elle.




 

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