0 Dans Fiction

Glitch – partie 3




***Si vous n’avez pas encore lu les parties 1 et 2, c’est ici et ici!***

 

Durant toute l’heure du dîner, Rosalie reste muette. Elle ne fait que repasser en boucle dans sa tête cette vision étrange qui vient de l’assaillir de nouveau. Elle fixe le vide devant elle et est très peu attentive à ce qui l’entoure. Elle répond par onomatopées ou en quelques mots seulement lorsque Gabrielle s’adresse à elle. Elle a le visage d’une fille plongée dans ses pensées, qui tente tant bien que mal de donner un sens à ce qui lui arrive, en vain.

L’heure du dîner est habituellement un moment très agréable dans la journée de Rosalie. Elle aime passer une heure en compagnie de Gabrielle à jaser de tout et de rien, à potiner et à rire. Les deux filles ne se voient que très rarement en dehors des heures de travail, alors toutes les deux aiment beaucoup profiter de cette petite heure passée ensemble qui leur fait énormément de bien et qui leur donne l’énergie nécessaire pour passer à travers leur après-midi.

Malheureusement, ce midi, l’heure du dîner ne fait aucun bien à Rosalie. Elle est trop tendue et fébrile, elle reste donc renfermée et ne prend aucun plaisir à écouter Gabrielle, qui passe elle aussi le dîner plutôt silencieuse, inquiète de voir sa collègue aussi renfrognée.

 

L’après-midi se déroule sur un mode automatique pour Rosalie; elle répond aux appels, accueille les clients et remplit ses autres fonctions sans réellement s’en rendre compte. Son esprit est ailleurs et rien ne réussit à entièrement capter son attention.

– Au risque de sembler fatigante, tu es certaine que tout va bien, Lili? Tu n’as pas dit un mot depuis ce matin et tu sembles vraiment distraite, ce n’est pas ton genre.

– Han han, ça va. Je me sens bizarre, c’est tout.

Ce sont les deux seules phrases que les collègues se sont échangées cet après-midi. Le temps a passé beaucoup plus lentement qu’à l’habitude et Rosalie a très hâte de retourner chez elle. Mais alors qu’il ne reste que quelques minutes à sa journée, voilà que cette étrange lumière vive éclate devant ses yeux et Rosalie se retrouve de nouveau dans cet environnement gris qu’elle a aperçu plus tôt. Seulement, cette fois, cette vision reste assez longtemps pour que ses yeux s’habituent à l’éclairage perçant. Elle réalise qu’il s’agit en fait de néons installés au plafond d’une salle grise. Du moins, Rosalie perçoit que le plafond de la salle est gris, mais elle n’arrive pas à bouger pour confirmer que le reste de la salle est aussi de cette couleur. Elle est couchée sur le dos, sur une surface plutôt dure en plein milieu de la salle, et essaie tant bien que mal de bouger, ne serait-ce qu’un doigt, mais rien à faire, elle en est incapable. Est-ce qu’elle est attachée, retenue par de quelconques liens? Elle n’en a absolument aucune idée. Elle ne peut que fixer le plafond et le néon éclatant au-dessus d’elle sans savoir ce qui se passe.




Comment a-t-elle pu se retrouver ici? Une seconde plus tôt, elle était à son bureau et venait de terminer une énième conversation téléphonique avec une cliente. Gabrielle était à côté d’elle et faisait payer le dernier client de la journée. Et la voilà maintenant dans une étrange pièce qu’elle n’a jamais vu de sa vie avec aucune idée de la manière dont elle s’y est retrouvée.

Rosalie continue d’essayer de bouger afin d’avoir une meilleure idée de l’endroit où elle se trouve, mais rien à faire. Le simple fait de bouger ses yeux est difficile. Elle tente de les fermer afin de se concentrer sur son corps, en ressentir chaque partie, pour ainsi focaliser toute son énergie et tenter de bouger sa tête.

– Iiiaaarrrr!

– Rosalie! Voyons, ça va?

Rosalie ouvre les yeux. Elle est assise sur sa chaise, à son bureau d’accueil. Elle a la tête tournée vers la droite, face à Gabrielle, qui la regarde d’un drôle d’air, accompagnée du client qui termine sa transaction, ainsi que de Jean et Mélanie qui ont terminé leur journée. Tout le monde semble inquiet, voire un peu effrayé. Rosalie les fixe sans dire un mot. Elle ne sait plus ce qui se passe.

– Rosalie… est-ce que ça va? As-tu besoin de quelque chose? lui demande Mélanie.

– Qu’est-ce qui se passe? renchérit Gabrielle. Tu viens de grogner d’effort les deux yeux fermés et tu t’es brusquement retournée vers moi. C’était un peu effrayant, Lili. Tu agis bizarrement aujourd’hui.

– Je, heu… je suis désolée, je ne sais pas ce qui se passe. La fatigue probablement, je suis fatiguée. Oui, ça doit être ça. Je vais aller me reposer.

Sans laisser le temps aux autres de répliquer, Rosalie se lève et se dirige vers la salle des employés. Elle agrippe son sac à main et s’empresse de quitter le cabinet sans un seul regard vers sa collègue et ses patrons.

 

L’air s’est refroidi à l’extérieur et Rosalie regrette un peu de ne pas s’être apporté une veste ce matin lorsqu’elle est partie de chez elle, mais l’air frais lui fait du bien. Elle est pâle, prise de vertige et son coeur bat à toute vitesse. Qu’est-ce qui se passe avec elle? C’est quoi toute cette histoire? Bien que sa journée ait commencé de manière plutôt abrupte, elle s’annonçait tout de même comme une journée normale comme les autres. Mais voilà que maintenant, Rosalie n’a plus qu’une simple vision qu’elle peut attribuer à la fatigue. Elle s’est transporté dans un endroit étrange qu’elle n’a pas du tout l’impression de connaître alors qu’elle était tout à fait réveillée. Elle sait qu’elle n’a pas rêvé; elle s’est bel et bien retrouvée dans cette pièce grise et artificiellement lumineuse, incapable de bouger, et elle n’a absolument aucune explication logique pour expliquer ça.




Cet article vous a plu ? Partagez-le 😉

Vous aimerez aussi...