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Glitch – partie 6




***Si vous n’avez pas encore lu les parties 1, 2, 3, 4 et 5, c’est iciiciiciici et ici!***

 

Rosalie ne sait pas exactement comment procéder. Devrait-elle rester étendue sur la table de métal, comme si de rien n’était, jusqu’à ce que les deux femmes reviennent, puis agir dès qu’elles s’approcheront d’elle? Ça lui semble risqué. Couchée, elle serait nettement plus vulnérable et elle aurait beaucoup moins de chance d’arriver à maîtriser deux personnes. De plus, la porte est verrouillée. Elle n’a pas trop compris quelle forme de système est utilisée pour la déverrouiller, elle n’a entendu aucun son, par un seul bip lorsque les femmes sont entrées et sorties tout à l’heure, mais elle sait qu’elle ne peut pas y arriver elle-même.

Rosalie décide donc de se lever et de se plaquer contre le mur, à côté de la porte. Elle pourra donc profiter de l’effet de surprise lorsque les femmes reviendront, les maîtriser dès leur arrivée, puis tenter d’empêcher la porte de se refermer derrière elles, question de pouvoir rapidement s’échapper.

L’attente semble interminable. Rosalie est anxieuse et elle a l’impression que ça fait des heures qu’elle attend, cachée à côté de la porte. Elle jette des coups d’œil rapide par la fenêtre de manière excessive, mais elle n’aperçoit jamais rien. Tout d’un coup, des bruits de pas se mettent à résonner à l’autre bout du corridor. Ça y est!

Rosalie n’a jamais été aussi tendue de sa vie. Tous ses muscles sont contractés et son cœur bat à un rythme effréné. Les pas se rapprochent de plus en plus; ce n’est qu’une question de seconde, maintenant. Rosalie tend l’oreille. Alors qu’elle voit la poignée tourner et la porte commencer à ouvrir, elle réalise qu’elle n’a encore une fois entendu aucun son; pas un seul clic sur un clavier, de bruit de serrure ou quoi que ce soit. Elle doit vraiment tout faire pour que la porte ne se referme pas avant qu’elle ait le temps de sortir de la pièce.

Alors que la première femme met un pas dans la pièce, elle réalise immédiatement que Rosalie n’est plus couchée sur sa table.

La femme n’a pas le temps de réagir; Rosalie lui a déjà sauté sur le dos, un bras autour du cou et l’autre en train de la frapper. Elle tente de lui faire perdre l’équilibre et de la neutraliser avant que la deuxième femme, qui évalue quelle serait la meilleure manière d’agir, ne trouve réponse à sa question. Finalement, en raffermissant un peu sa poigne sur la femme et en se propulsant un peu vers l’avant, Rosalie parvient à lui faire perdre pied et la femme s’effondre à plat ventre, Rosalie sur son dos. Rosalie lui empoigne fermement la tête et la frappe sur le sol à quelques reprises, assez pour que la femme perde connaissance. Toutefois, la deuxième femme a finalement décidé d’agir et saute à son tour sur le dos de Rosalie, la plaquant contre sa victime. Rosalie aperçoit rapidement une seringue dans la main de la femme. Elle doit à tout prix se déloger avant que la femme ne la pique, sinon tout est foutu.

Ramassant toutes ses forces, Rosalie tourne sur elle-même, propulsant du même coup la femme sur le sol à ses côtés. Se relevant rapidement, Rosalie se place à califourchon sur la femme, lui immobilisant les bras à l’aide de ses jambes. En donnant un coup de genou sur son bras, la main de la femme relâche la seringue dont Rosalie s’empare. En moins de deux, l’aiguille est plantée dans le bras de la femme, le liquide est injecté et ça ne prend que quelques secondes avant que Rosalie ne sente toute la tension se relâcher dans le corps de celle-ci, alors qu’elle perd connaissance.

Malheureusement, durant ces quelques minutes intenses de combat, Rosalie a complètement oublié la porte, qui s’est refermée. Comment va-t-elle sortir, maintenant? Elle se précipite sur la poignée, tente de la tourner, mais en vain. C’est verrouillé. Elle se dirige vers sa première victime; elle est entrée en premier, alors elle a certainement ce qu’il faut pour ouvrir cette porte. Rosalie fouille toutes les poches de l’habit, regarde partout, mais elle ne trouve rien. Puis une idée se forme dans sa tête.

Elle se relève et traîne le corps inerte de la femme avec elle près de la porte. Du mieux qu’elle peut, elle tente de redresser le corps, juste assez pour que la main de la femme atteigne bien la poignée. Elle place la main dessus, bien comme il faut, puis tourne. Ça fonctionne! Les poignées doivent reconnaître les empreintes digitales des employés de cet endroit, c’est la seule solution possible. Mais voilà qu’un problème se pose. Plusieurs autres portes doivent sécuriser le chemin jusqu’à la sortie. Comment Rosalie fera-t-elle pour les ouvrir? Son regard se pose alors sur la grande mallette qu’une des femmes a laissé tomber durant l’assaut, la mallette qui devait contenir le nécessaire pour remettre les connexions de son crâne en ordre.

Rosalie ouvre la mallette et fouille un peu. Elle y trouve plusieurs choses; des seringues, des petites fioles de liquide, de petits outils tels que des tournevis ou des pinces, mais aussi des outils chirurgicaux, comme des scalpels. Voilà le genre de truc qu’elle cherchait. Elle s’empare du scalpel et se met rapidement à la tâche. Elle n’a pas une seule seconde à perdre et découper une main au scalpel, ça ne se fait pas en claquant des doigts.




Quelques minutes et une marre de sang plus tard, Rosalie est prête à s’enfuir, main dans une main et scalpel dans l’autre. On ne sait jamais quand elle pourrait en avoir besoin. À la course, elle rejoint le bout du long corridor gris qui fait face à la pièce dans laquelle est était enfermée, place la main sur la poignée, puis la tourne. Ça fonctionne! Doucement, elle ouvre la porte, puis passe la tête par l’embrasure, regardant des deux côtés pour s’assurer que personne ne vient. Heureusement, le corridor semble désert. Par où doit-elle aller? Elle opte pour la gauche. Elle n’a de toute manière aucun moyen de se retrouver dans cet endroit, alors aussi bien suivre son instinct, elle verra bien où il la mènera.

Rosalie court à travers différents corridors, tous gris, tous éclairés aux néons, tous interminables. Plusieurs portes se dressent sur son chemin, mais grâce à la main de la femme, elle arrive à toutes les ouvrir. Elle a beau courir et parcourir plusieurs corridors, toutefois, elle n’a toujours aucune idée d’où elle est. Tous les corridors se ressemblent, alors elle pourrait tourner en rond depuis tantôt et elle ne le saurait même pas. Elle commence à être essoufflée. Elle décide de s’arrêter quelques instants, le temps de reprendre son souffle et de réfléchir un peu à la situation.

Comment peut-elle arriver à sortir d’ici alors qu’elle n’a aucune idée d’où elle est ni d’où elle doit aller? Alors que Rosalie tente d’évaluer ses options, qui sont plutôt maigres, elle entend des pas résonner. Elle n’a encore croisé personne depuis qu’elle est sortie de la pièce dans laquelle elle était détenue. À court d’options, elle décide de tenter le tout pour le tout.

Les pas résonnent dans le corridor perpendiculaire à celui dans lequel elle se trouve, à quelques mètres à peine devant elle, et ils approchent. Rosalie s’avance le plus près qu’elle peut de l’intersection et attend, le scalpel bien serré dans sa main droite, prêt à servir.

La femme arrive enfin à sa hauteur. Rosalie lui laisse le temps de continuer son chemin et de la dépasser un peu avant de se lancer sur elle, lui plaçant un bras autour du cou et la menaçant du scalpel.

– Tu vas m’aider à sortir d’ici si tu veux rester en vie, lui dit-elle de son ton le plus autoritaire. Ne fais aucun son et ne fais rien pour alerter qui que ce soit, sinon je te tue.

– Ok, ok. Suis-moi, je vais te montrer la sortie.

Sans relâcher sa victime, Rosalie la suit à travers un dédale de corridors gris interminables et de néons éclatants. Elle ne comprend pas comment la femme fait pour s’y retrouver, mais elle n’a d’autres choix que de croire qu’elle la mène vraiment vers la sortie. Pendant de nombreuses minutes, les deux femmes se promènent de corridor en corridor, ne croisant personne. Rosalie ne s’en plaindra pas, croiser d’autres employés de cet endroit pourrait s’avérer catastrophique et signerait probablement son arrêt de mort, mais elle trouve tout de même ça étrange. Elle n’a toutefois pas le temps de pousser cette réflexion plus loin; son otage s’est arrêté.

– Voilà, c’est ici. Tu passes cette porte, tu marches jusqu’au bout du corridor, tu ouvres une dernière porte et tu seras dehors, dit la femme.

– Et comment je sais que tu m’as menée au bon endroit? Que ce n’est pas un piège?

– J’imagine que tu n’as pas le choix de me faire confiance là-dessus.

En effet, Rosalie doit tenir pour acquis que la femme l’a bien menée là où elle lui a demandé. Malgré tout, quitter en laissant la femme saine et sauve est risqué; elle pourrait aussitôt alerter la sécurité et tous les efforts de Rosalie pour arriver ici et gagner sa liberté seraient vains. Sans un mot, Rosalie tranche la gorge de la femme avec le scalpel. Elle sent le corps se dérober sous ses pieds et le laisse s’effondrer au sol.

– Désolée, dit-elle. Je n’avais pas le choix.

À l’aide de la main coupée qu’elle trimballe depuis ce qui lui semble être une éternité, Rosalie ouvre la porte et se retrouve dans un corridor sombre. Contrairement à partout ailleurs, les murs ne sont pas gris et des néons trop clairs ne recouvrent pas le plafond. En fait, Rosalie arrive à peine à distinguer quoi que ce soit. Elle se met en marche, mais très tranquillement, cette fois, jusqu’à atteindre la porte du fond. Cette porte qui, en principe, devrait la mener vers sa liberté, vers sa vraie vie. Utilisant la main coupée pour la dernière fois, elle ouvre la porte et est aussitôt éblouie par une lumière accrue, qui contraste beaucoup trop avec la noirceur du corridor qu’elle vient de traverser.

***

WAN WAN WAN WAN WAN.

Rosalie se réveille en sursaut. Assise bien droite dans son lit, elle met quelques secondes à se replacer les esprits et comprendre ce qui se passe. Une alarme de voiture s’est visiblement déclenchée, mais elle s’est arrêtée aussi rapidement qu’elle avait commencé. Rosalie regarde l’heure. 4h30. Elle décide de se lever tout de suite; pour 30 minutes, ça ne vaut pas la peine qu’elle se rendorme pour se faire réveiller de nouveau par son réveil matin. Tu parles d’un réveil brutal, pense-t-elle, en se glissant à reculons hors du lit.




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